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Luc José Adjinacou
Écrit par Luc José Adjinacou,Éditeur
Luc José Adjinacou
Révisé par Luc José Adjinacou,Éditeur

Arnaque crypto : La Gendarmerie de Rennes démantèle un réseau à 700M€

La Junalco et les enquêteurs bretons mettent fin à une fraude internationale massive. 12 arrestations et 700 millions d'euros de préjudice identifiés.

Arnaque crypto : La Gendarmerie de Rennes démantèle un réseau à 700M€
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La lutte contre la cybercriminalité financière vient de franchir un cap historique en France. Au terme d'une enquête tentaculaire pilotée par la Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée (Junalco), la section de recherche de Rennes et le Centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N) ont annoncé le démantèlement d'une organisation criminelle d'envergure mondiale. Responsable d'un préjudice colossal estimé à 700 millions d'euros, ce réseau exploitait une soixantaine de fausses plateformes de placement pour piéger des dizaines de milliers d'investisseurs.

La mécanique du piège

Le succès de cette escroquerie reposait sur une maîtrise avancée des techniques d'ingénierie sociale, couplée à une infrastructure technique simulant des gains factices. Le mode opératoire était rigoureusement structuré : des publicités ciblées renvoyaient les victimes vers des sites miroirs où de prétendus « conseillers » les incitaient à installer des logiciels de trading frauduleux. Débutant souvent par une mise modeste de 500 euros, le stratagème encourageait des dépôts de plus en plus lourds, atteignant parfois des sommes à sept chiffres. L'illusion de rentabilité était entretenue par des interfaces de bord sophistiquées, parvenant à tromper même des investisseurs avertis issus du monde de la finance.

Cette structure fonctionnait comme une véritable « hydre numérique », multipliant les portails de trading dès que l'un d'eux était identifié comme suspect. Le point de rupture survenait systématiquement au moment où l'utilisateur souhaitait retirer son capital. Les opérateurs exigeaient alors le paiement de prétendues taxes de déblocage ou de frais administratifs, emportant les dernières économies des victimes avant de rompre tout contact. Cette prolifération de plateformes non régulées a permis au réseau de perdurer pendant plusieurs années.

Traçabilité des flux et coopération judiciaire internationale

La résolution de cette affaire repose sur une stratégie d'enquête innovante, qui privilégie la traçabilité des flux financiers (« follow the money ») plutôt que le seul témoignage des victimes. En analysant les transactions sur la blockchain et les réseaux de blanchiment internationaux, les experts du groupe « cryptoactifs » de la gendarmerie nationale ont pu identifier les donneurs d'ordre. Cette approche a culminé le 27 octobre 2025 avec une opération simultanée menée à Chypre, en Espagne et en Allemagne. L'intervention a permis l'arrestation de douze individus, dont six cibles prioritaires d'origine chypriote et israélienne, désormais entre les mains de la justice française.

Le bilan matériel de l'opération témoigne du train de vie luxueux des prévenus : les autorités ont saisi pour 1,6 million d'euros d'avoirs criminels, incluant des véhicules haut de gamme, des coffres-forts et divers portefeuilles de cryptomonnaies. Bien que la récupération de l'intégralité du préjudice de 700 millions d'euros semble compromise, ce succès opérationnel confirme la capacité des autorités françaises à percer l'opacité des réseaux de blanchiment transfrontaliers.

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