Un nouveau rapport publié lundi par l’organisation professionnelle Blockchain for Europe affirme que le cadre réglementaire phare de l’Union européenne pour la crypto, le règlement Markets in Crypto-Assets (MiCA), a donné naissance à des stablecoins libellés en euro très sûrs mais peu compétitifs sur le plan commercial, laissant l’Europe loin derrière les tokens indexés sur le dollar en matière de paiements numériques et de trading.
Le rapport s’appuie sur des données de DeFiLlama montrant que les stablecoins en euro représentent moins de 1 % du volume mondial, malgré le poids bien plus important de l’euro dans les marchés globaux. Il estime que MiCA les a placés sur la partie « décroissante » d’une courbe réglementaire de type « Laffer », où des règles plus strictes réduisent l’activité qu’elles sont censées encadrer.
Rédigé par Ulrich Bindseil, responsable à la Banque centrale européenne, et Erwin Voloder de Blockchain for Europe, le rapport se concentre sur les règles de MiCA concernant les tokens de monnaie électronique en euro (EMT), qui doivent être entièrement adossés et ne peuvent pas verser d’intérêts.
Cette interdiction de rémunération vise à éviter que les stablecoins ne deviennent des substituts aux dépôts bancaires, mais les auteurs estiment qu’elle place les tokens euro conformes à MiCA « dans une position particulièrement désavantageuse » dans un environnement de taux positifs, notamment face aux dépôts bancaires et aux stablecoins en devises étrangères qui peuvent intégrer ou distribuer du rendement via d’autres mécanismes. Selon eux, cette combinaison de garanties strictes et d’absence d’intérêt crée un segment de stablecoins euro sûr mais structurellement peu compétitif.
Appels à des réformes ciblées
Le rapport inscrit ces contraintes dans un débat politique plus large sur la manière dont MiCA se compare à d’autres juridictions et sur la réponse que l’Europe doit apporter.
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Le projet de loi américain Guiding and Establishing National Innovation for US Stablecoins (GENIUS) Act, par exemple, interdit également aux émetteurs de stablecoins de paiement de verser des intérêts « uniquement en lien avec la détention » d’un token. Toutefois, les tokens indexés sur le dollar restent centraux dans les pools de prêt de la finance décentralisée (DeFi) et dans d’autres stratégies de rendement on-chain, ce qui leur permet d’attirer de la liquidité sans rémunération directe de l’émetteur.

Les auteurs critiquent également l’exigence de MiCA selon laquelle au moins 30 % des réserves des EMT (et jusqu’à 60 % pour les émetteurs importants) doivent être détenues sous forme de dépôts bancaires, une caractéristique « absente des réglementations sur les stablecoins dans d’autres grandes juridictions ».
Ils proposent de remplacer ces seuils rigides par une approche fondée sur des principes, alignée sur le cadre du ratio de couverture de liquidité de l’UE, avec un mélange plus large d’actifs liquides de haute qualité en euros.
Plutôt qu’une refonte complète, le rapport appelle à des ajustements ciblés des règles de MiCA concernant les réserves, la rémunération et la transparence des EMT, et suggère également que les grands émetteurs puissent bénéficier d’un accès limité aux comptes de règlement des banques centrales en cas de tensions extrêmes.
Débat autour de MiCA 2.0 et enjeux de stabilité
Ces propositions interviennent alors que les responsables européens commencent à évoquer une révision « MiCA 2 », le conseiller de la Commission européenne Peter Kerstens ayant indiqué lors de la Paris Blockchain Week début avril que Bruxelles devrait réexaminer le cadre à mesure que le marché mûrit.
Toutefois, tout assouplissement devrait rencontrer des résistances. L’Autorité bancaire européenne a averti dans une tribune publiée en octobre 2025 que certaines modifications proposées des normes techniques de MiCA pourraient affaiblir les protections et accroître les risques d’arbitrage réglementaire.
L’analyse macroprudentielle de la Banque centrale européenne publiée ce mois-ci met également en avant les implications pour la stabilité financière d’un marché des stablecoins en croissance. Elle avertit qu’une adoption à grande échelle des stablecoins en euro pourrait concentrer la demande sur des obligations souveraines à court terme de la zone euro et potentiellement affecter les rendements et la liquidité en cas de rachats, soulignant que les autorités de supervision devront gérer ces risques à mesure que le marché évolue.
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