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Luc José Adjinacou
Écrit par Luc José Adjinacou,Éditeur
Luc José Adjinacou
Révisé par Luc José Adjinacou,Éditeur

DeFi : la BCE doute de la vraie décentralisation des DAO

Un rapport de la BCE révèle que les DAO DeFi sont fortement centralisées, avec plus de 80 % des tokens détenus par les 100 plus gros acteurs. Cette concentration complique leur statut sous MiCA, qui exclut les services pleinement décentralisés.

DeFi : la BCE doute de la vraie décentralisation des DAO
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La finance décentralisée fait face à une remise en question majeure. Dans un récent rapport, la Banque centrale européenne estime que plusieurs protocoles DeFi pourraient ne pas être aussi décentralisés qu’ils le prétendent, ce qui pose un défi direct pour leur statut réglementaire en Europe.

Une gouvernance largement concentrée malgré des milliers d’utilisateurs

Le document analyse quatre protocoles majeurs : Aave, MakerDAO, Uniswap et Ampleforth. Le constat est frappant : les 100 plus gros détenteurs contrôlent plus de 80 % des tokens de gouvernance dans chacun de ces projets.

Sur le papier, ces tokens sont répartis entre des dizaines de milliers d’adresses. Mais en pratique, le pouvoir reste concentré entre quelques acteurs.

Une part significative de ces tokens est liée directement aux protocoles eux-mêmes ou à des plateformes d’échange, avec Binance identifié comme le plus grand détenteur centralisé sur ces écosystèmes.

Un pouvoir de décision dominé par une minorité

La concentration ne s’arrête pas à la détention. Elle se retrouve aussi dans les votes. Dans certains cas, une poignée d’acteurs contrôle l’essentiel des décisions :

– les 20 principaux votants d’Ampleforth détiennent 96 % du pouvoir délégué
– les 10 premiers de MakerDAO contrôlent 66 % des votes
– les 18 principaux votants d’Uniswap concentrent 52 %

Ces votes sont souvent exercés par des délégués, auxquels les petits détenteurs confient leur pouvoir.

Autre point notable : environ un tiers des principaux votants ne peuvent pas être clairement identifiés. Parmi ceux qui le sont, on retrouve principalement des individus, des entreprises Web3, des universités et des fonds d’investissement.

MiCA face à un casse-tête réglementaire

Ces observations posent un problème direct pour le cadre européen MiCA. La réglementation exclut actuellement les services “pleinement décentralisés”. Mais si les DAO ne le sont pas réellement, leur statut devient flou.

La BCE souligne qu’il est difficile de déterminer qui contrôle réellement les protocoles. Les données publiques ne permettent pas toujours de distinguer les fondateurs, les développeurs ou les trésoreries internes.

Même les portefeuilles d’exchange posent question : votent-ils pour leur propre compte ou pour celui de leurs utilisateurs ?

Une décentralisation encore théorique

Le rapport met aussi en lumière le rôle des décisions prises par ces DAO. Une grande partie concerne les paramètres de risque, ce qui renforce les enjeux de responsabilité.

Certains analystes confirment cette tendance. Selon Kavi Jain de Bitwise, de nombreux protocoles restent influencés par un petit groupe, surtout dans leurs phases de développement.

Des cas récents, comme les débats autour de la gouvernance d’Aave, illustrent cette concentration du pouvoir.

Un modèle à redéfinir ?

La BCE reste prudente : ce document ne reflète pas une position officielle, mais il met en évidence une réalité difficile à ignorer.

La promesse d’une finance sans intermédiaires pourrait masquer de nouvelles formes de concentration, proches de celles observées dans la finance traditionnelle.

Pour les régulateurs européens, la question devient centrale : comment encadrer des systèmes où la responsabilité est difficile à identifier ? La réponse pourrait redéfinir l’avenir de la DeFi en Europe.

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